Imprimer au tampon à l’encre naturelle textile

Imprimer au tampon à l’encre naturelle textile

🕐 Temps de lecture : 6 min · Niveau : Facile · À partir de 8 ans · Durée de l’activité : 1 h d’impression, puis 24 h de séchage et 15 min de vapeur · Matériel : tampons, pâte de teinture, coupelle, cuit-vapeur

Le tampon se pose à plat, la paume appuie fermement, puis il se soulève d’un coup sec. Le motif est là, net, encore brillant de pâte. Et pourtant rien n’est terminé. Ce tissu doit encore sécher une nuit entière, passer un quart d’heure dans la vapeur et traverser un premier lavage avant de montrer sa couleur définitive, plus vive que celle du premier jour.

C’est la particularité d’une encre naturelle textile. Elle ne recouvre pas le tissu comme une peinture, elle le teint, et cette teinture se prépare en plusieurs temps. Imprimer au tampon avec ce type d’encre, c’est pratiquer chez soi la forme la plus directe du block print, cette famille de techniques indiennes où un bloc gravé est pressé à la main sur l’étoffe. Voici comment nous nous y prenons à l’atelier, de la texture de la pâte jusqu’à la fixation. Aller directement au tuto

Encre naturelle textile ou pâte de teinture ?

Ce que l’on cherche sous le nom d’encre naturelle pour tissu, ou d’encre végétale textile, s’appelle, en atelier, une pâte de teinture. Une pâte de teinture végétale réunit trois ingrédients, et chacun a son rôle.

Le colorant vient d’une plante. Dans nos pâtes, le bleu est tiré de l’indigotier, le rose de la racine de garance, l’orange d’un mélange de garance et de myrobolan, un fruit riche en tanins, et le vert associe l’écorce de grenade à l’indigo.

Le mordant, un sel minéral, sert de pont entre la fibre et la couleur. Sans lui, beaucoup de colorants végétaux tiendraient mal au lavage. C’est cette maîtrise des mordants qui a fait la réputation des teinturiers indiens.

La gomme épaissit le tout. Elle donne à la pâte sa tenue de miel épais, assez ferme pour rester sur le relief du tampon sans baver sur le tissu. Une fois la couleur fixée, elle n’a plus d’utilité, et c’est le lavage qui l’emporte, avec l’excès de colorant.

Cette composition fixe aussi la règle du support. Nos pâtes sont faites pour les fibres naturelles, coton, lin, chanvre, soie ou laine, et ne conviennent pas aux fibres synthétiques. Comme la couleur entre dans la fibre au lieu de former une couche par-dessus, le tissu imprimé garde sa souplesse.

Que peut-on imprimer avec une encre naturelle ?

Tout ce qui est en fibre naturelle et que l’on a envie de rendre unique. Meghan a testé ces pâtes sur un cabas en coton, couvert de motifs sur ses deux faces, et c’est souvent par un sac ou un torchon que l’on commence, parce qu’une petite erreur y compte peu.

Le linge de maison s’y prête particulièrement bien, des serviettes de table en lin bordées d’une frise à la housse de coussin ou au rideau léger en coton. Ce sont des pièces planes, faciles à tendre, où la répétition du tampon prend tout son sens.

Les vêtements demandent un peu plus d’attention, sans être plus difficiles. Un tee-shirt ou une chemise en coton, un foulard en soie, une robe d’enfant en lin peuvent recevoir un motif au col, sur une poche, en bordure. Il faut simplement vérifier l’étiquette, car un coton mélangé de polyester retiendra mal la couleur, et glisser une plaque à l’intérieur pour que le dos reste vierge. Même idée pour une couverture ou un plaid en coton à personnaliser pour la naissance d’un enfant.

Le tampon sert aussi en amont de la couture. Imprimer d’abord un coupon de tissu, puis le découper et l’assembler, permet de fabriquer une trousse, un sac ou un coussin dans un imprimé qui n’existe nulle part ailleurs.

Comment imprimer au tampon sur du tissu, pas à pas

Le tissu

Pour une impression au tampon sur tissu, choisir du coton, du lin, du chanvre, de la soie ou de la laine, lavé au préalable avec un savon naturel pour retirer les apprêts industriels qui empêcheraient la couleur de pénétrer. On imprime sur une surface dure et bien plane. Pour un sac, un coussin ou toute pièce à plusieurs épaisseurs, glisser une plaque rigide entre les deux faces, sinon la pâte traverse et marque le dos.

Le matériel

Une coupelle, une cuillère, un petit carré de tissu (une chute de coton suffit) et un tampon. Le bois reste la matière historique du block print, mais la gomme, le caoutchouc et le lino fonctionnent aussi.

La pâte

Nos pâtes de teinture végétale sont livrées prêtes à l’emploi, il suffit de les remuer avant chaque usage. La bonne texture est celle d’un miel épais qui tient sur la cuillère sans couler. Si elle est trop liquide, elle bave, et une pincée de gomme épaississante la rattrape, à condition de bien mélanger puis de laisser reposer quelques minutes. Trop épaisse, elle se dépose mal sur le relief et quelques gouttes d’eau suffisent à la détendre.

Pour se faire une idée des quantités, Meghan a couvert entièrement une face de cabas de 70 × 70 cm avec un tampon de 7 cm, et il lui a fallu environ un pot de 30 ml.

La technique pas à pas

  • Poser le carré de tissu au fond de la coupelle et y étaler un peu de pâte. Il joue le rôle d’un tampon encreur et absorbe l’excédent.
  • Charger le tampon en l’appuyant modérément sur ce carré.
  • Faire un essai sur une chute de tissu, pour régler la quantité de pâte et la pression.
  • Tamponner à plat, appuyer fermement, puis soulever net, sans faire glisser.
  • Recharger le tampon à chaque impression.

D’une empreinte à l’autre, la pression et la charge varient un peu, l’alignement se décale de quelques millimètres, et ce sont ces écarts qui signent une pièce imprimée à la main.

Comment fixer une encre naturelle textile ?

C’est l’étape qu’on serait tenté d’écourter, et c’est elle qui décide de la tenue du motif.

  1. Laisser sécher complètement, à l’ombre, pendant 24 heures.
  2. Passer le tissu 15 minutes au cuit-vapeur, avec un papier cuisson entre les épaisseurs pour que les motifs ne se reportent pas d’un pli à l’autre et que les couleurs ne se mélangent pas. Les grandes pièces se roulent en escargot avec leur papier.
  3. Laisser sécher de nouveau.
  4. Laver à l’eau savonneuse et rincer. C’est ce lavage qui révèle la couleur finale, plus vive.

La chaleur humide favorise la fixation du colorant dans la fibre, un mécanisme que nous détaillons dans notre article sur la manière de fixer une teinture naturelle sur un tissu. Une étude menée sur des tissus naturels imprimés aux colorants végétaux a d’ailleurs mesuré une couleur plus intense après une fixation à la vapeur qu’après une fixation à la chaleur sèche. La méthode au fer à repasser circule beaucoup ; nous ne l’avons pas testée, nous ne la conseillons donc pas.

Pour l’entretien, un lavage délicat avec une lessive neutre et sans javel, et un séchage à l’ombre. Les nuances évolueront un peu avec le temps, comme toute couleur naturelle. C’est le signe d’une matière vivante. Pourquoi certaines couleurs végétales résistent mieux que d’autres, nous l’expliquons dans Grand teint, petit teint.

Le mode d’emploi en une page, à garder sous la main pendant l’impression · Télécharger le mode d’emploi (PDF)

Mode d'emploi des pâtes de teinture végétale, encre naturelle textile

Si l’impression ne donne pas le résultat attendu

La plupart des déceptions se règlent à la coupelle. Un motif qui bave, aux contours épais, vient presque toujours d’une pâte trop liquide ou d’un tampon trop chargé, et une pincée de gomme ou un passage de plus sur le carré de tissu avant d’imprimer suffit à corriger. Un motif incomplet, troué par endroits, raconte l’inverse. La pâte est trop épaisse, le tampon a été posé de biais ou la pression est restée timide. Quelques gouttes d’eau et un appui franc, bien à plat, règlent la question.

Quand la couleur apparaît au dos d’un sac ou d’une housse, elle a traversé faute de plaque entre les deux épaisseurs. Et si des motifs se retrouvent en double, comme décalqués sur une autre partie du tissu, c’est pendant la vapeur que cela s’est joué, parce qu’il manquait un papier cuisson entre les plis.

Reste le cas le plus frustrant, une couleur qui s’en va au lavage. Il faut alors remonter le fil de la fixation, un séchage écourté avant la vapeur, une vapeur trop brève, ou un tissu qui contient une part de synthétique. Vérifier l’étiquette avant de commencer évite déjà bien des surprises.

Tribu Indigo est un atelier de design textile, attaché à l’impression textile artisanale. Meghan dessine nos motifs, puis des artisans partenaires en Inde les gravent dans le bois et les impriment sur nos pochettes, coussins et sacs, et c’est un atelier indien, lui aussi partenaire, qui prépare nos pâtes de teinture à partir de colorants végétaux. Pour imprimer chez vous, nous proposons ces pâtes de teinture naturelle textile en quatre couleurs et des kits DIY.

Imprimer à l’encre naturelle textile demande un peu de patience, une nuit de séchage, un quart d’heure de vapeur, un lavage. En échange, la couleur entre dans la fibre, le tissu reste souple et chaque motif garde la trace de la main qui l’a posé. Ce geste a une longue histoire, celle d’une famille de techniques indiennes que nous racontons dans notre article sur le block print et ses traditions.

Sources

  • Victoria and Albert Museum, Indian Textiles: Nature & Making, Google Arts & Culture
  • M. Rekaby, A. A. Salem, S. H. Nassar, « Eco-friendly printing of natural fabrics using natural dyes from alkanet and rhubarb », The Journal of The Textile Institute, 100(6), p. 486-495, 2009
  • « Natural dyes in textile printing: parameters, methods, and performance », Environmental Science and Pollution Research, Springer, 2024
  • Catherine Ellis et Joy Boutrup, The Art and Science of Natural Dyes, Schiffer, 2018

Newsletter Tribu Indigo

Recevez nos prochains articles

Teinture naturelle, savoir-faire artisanal et actualité de l'atelier, avec en prime votre code de réduction −10 % sur votre 1ère commande.

Une fois par mois. Désinscription en un clic.