L’écoprint : l’impression végétale sur tissu

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Des plantes posées sur un tissu, un rouleau serré, de la vapeur : les couleurs végétales s’impriment directement dans les fibres par contact et par chaleur. C’est l’écoprint, aussi appelé impression végétale sur tissu. La technique est accessible, le matériel réduit à l’essentiel, et ce qui fait le travail, c’est la plante elle-même et son pouvoir tinctorial.

Ce qui se passe dans le tissu

Certaines plantes, riches en tannins, se fixent directement sur les fibres. D’autres, riches en flavonoïdes comme le coreopsis ou l’œillet d’Inde, ont besoin d’une réaction chimique pour s’ancrer : c’est le rôle d’un mordant. La vapeur accélère cette fixation dans les deux cas.

Le résultat dépend de la plante, du mordant, de la fibre, de l’eau, du temps de vapeur.

Fraîches ou séchées : est-ce que ça change quelque chose ?

La question revient souvent. En général, les fleurs fraîches ont tendance à donner des empreintes plus précises, les séchées un résultat plus diffus. Mais ce n’est pas une règle absolue, certaines fraîches migrent beaucoup, certaines séchées gardent une netteté surprenante, surtout celles qui ont été séchées à plat entre deux supports. L’espèce, la teneur en eau des pétales, le temps de vapeur, tout joue. La seule façon de le savoir pour une plante donnée, c’est de tester sur un petit morceau avant de travailler sur une pièce entière.

Quelles plantes choisir pour un écoprint DIY

Le coreopsis (Coreopsis tinctoria) est probablement la meilleure plante pour débuter. Très riche en flavonoïdes, il donne des jaunes et des oranges profonds, nets, stables. Les œillets d’Inde, le cosmos, la rose trémière et la scabieuse noire fonctionnent aussi bien. Toutes ces plantes ont en commun de se cultiver facilement, quelques graines semées au printemps dans le jardin permettent une récolte abondante.

Pour enrichir un bundle, on peut aussi saupoudrer localement quelques matières tinctoriales faciles à trouver. Une pointe de curcuma pour des jaunes lumineux, un peu de cochenille (ou de la garance en poudre comme alternative végétale) pour des nuances plus chaudes. La vapeur diffuse ces pigments de façon parfois très aquarellée.

Quels tissus choisir pour un écoprint (lin/coton ou laine/soie ?)

La soie et la laine (fibres protéiques) sont les meilleures candidates parce que leur structure chimique se lie plus facilement aux colorants. En pratique, on travaille aussi très bien sur coton et lin, à condition de les mordancer. Pour débuter, le plus accessible reste l’alun, qui compense la différence naturelle entre les fibres.

La soie donne les empreintes les plus nettes et les couleurs les plus lumineuses. Le coton donne quelque chose de plus mat, parfois plus doux visuellement. Le lin a un rendu encore plus brut, lié à sa couleur et son maillage.

Premier essai : la combinaison qui marche presque à tous les coups

Pour un premier essai, voici une combinaison fiable réalisée régulièrement à l’atelier :

Tissu : coton ou lin clair, lavé et non traité (un tee-shirt, un bout de tissu)
Plantes : coreopsis et/ou œillets d’Inde et/ou cosmos, frais
Mordant : alun, 15 % du poids du tissu (à trouver en droguerie ou sites spécialisés)
Cuisson : 1 heure à la vapeur, ébullition maintenue
Attente : laisser le rouleau refroidir

Ces trois plantes sont parmi les plus riches en flavonoïdes. Elles donnent des résultats nets, lisibles, sur coton comme sur lin. C’est le point de départ le plus solide pour comprendre la technique avant d’explorer. C’est autour de cette combinaison que nous avons conçu les kits de l’atelier : le kit chouchou et le kit pochette incluent tissu mordancé, plantes tinctoriales séchées et notice, pour faire ce premier essai sans avoir à réunir le matériel soi-même.

Comment faire un écoprint pas à pas

Ce qu’il faut

Un tissu préparé à l’alun. Pour le préparer, laver le tissu au préalable (les apprêts industriels bloquent l’absorption du mordant), dissoudre 15 % du poids du tissu en alun dans de l’eau chaude, immerger 45 minutes en maintenant une petite ébullition. Ne pas rincer, l’alun doit rester dans les fibres. Essorer légèrement. Le tissu peut s’utiliser immédiatement encore humide. Il peut aussi sécher complètement et être plié dans un placard jusqu’au moment de son utilisation.

Des plantes fraîches ou séchées. Une ficelle ou des élastiques solides. Un cuit-vapeur ou une grande casserole avec une grille.

Le geste

Étaler le tissu à plat. C’est le moment de construire une composition : les plantes sont les pigments, le tissu est la toile. Disposer les plantes, couvrir généreusement. Les plantes peuvent se chevaucher légèrement.

Replier le tissu sur les plantes. Rouler serré, très serré. On peut s’aider d’un bâton en bois ou d’un tube PVC, ou rouler sans support en serrant le rouleau sur lui-même comme un rôti. Éviter les tubes en métaux comme le fer ou le cuivre car ils peuvent interagir avec les tanins et modifier les couleurs. La pression est probablement le paramètre qui change le plus le résultat. Plus le rouleau est compact, plus les empreintes sont nettes. Ficeler tout du long pour maintenir cette pression sur toute la longueur.

Le rouleau entre dans la cocotte, sans toucher l’eau. Cuire à la vapeur avec une vraie ébullition maintenue, pendant 45 minutes à 1 heure pour les fibres cellulosiques. Un peu moins pour les fibres protéiques.

Laisser refroidir avant d’ouvrir. Certains ouvrent dès le refroidissement complet, d’autres laissent reposer plusieurs heures. Si le tissu est laissé trop longtemps, les contours des fleurs peuvent être moins nettes.

Si votre écoprint est raté

Les premiers écoprints décevants ont presque toujours une explication. Des empreintes pâles ou invisibles indiquent généralement un mordançage insuffisant, une plante pauvre en pigments, ou un temps de vapeur trop court. Ces trois variables sont celles qui jouent le plus sur l’intensité du résultat.

Un virage général au brun pointe vers le fer. Le fer sombre tous les tannins sans distinction, et il suffit d’une eau trop chargée en minéraux ou d’un contact avec un récipient en métal ferreux pour que les couleurs basculent. Travailler avec de l’eau filtrée/de pluie et des récipients inox ou émaillés règle le problème dans la plupart des cas.

Des empreintes floues pointent vers la pression : le rouleau n’était probablement pas assez serré. Si aucune couleur n’apparaît du tout, vérifier d’abord la composition du tissu (les fibres synthétiques ne retiennent pas le mordant) puis la qualité du mordançage. Si le résultat est uniformément teinté plutôt qu’imprimé, le bundle a probablement touché l’eau au fond de la casserole : les pigments ont migré dans toutes les directions au lieu de rester localisés sur le tissu.

Quand vous maîtrisez les bases : jouer avec le fer

L’alun intensifie les couleurs sans en changer la tonalité. Un coreopsis mordancé à l’alun donne un orange brûlé profond, net. Le même coreopsis, plongé ensuite quelques minutes dans un bain ferrugineux (eau dans laquelle ont trempé des clous rouillés), vire vers quelque chose de complètement différent. L’orange se fond dans des tons plus sourds, plus terreux. Vert olive, bronze, vert mousse selon la plante et la durée d’exposition.

Les teinturiers appellent ça le saddening. Le fer vient assombrir et intensifier la couleur d’origine sans l’effacer. Le coreopsis ou l’œillet d’Inde réagissent de la même façon. Le jaune vif à l’alun se transforme en brun-vert mat, dense lorsqu’on y ajoute du fer.

Pour contrôler l’intensité du virage, sortir le tissu du bain plus ou moins tôt. Les zones les plus chargées en pigments foncent en premier.

Si on cherche des noirs francs, le coreopsis et l’œillet d’Inde ne vont pas jusque-là. Ils sont riches en pigments jaunes et oranges, mais relativement pauvres en tannins. Pour obtenir des noirs profonds avec le fer, il faut des plantes à fort taux de tannins, comme la noix de galles.

L’autre technique

Le tatakizome travaille à froid et sans vapeur. On frappe les plantes directement sur le tissu avec un marteau. Le résultat est différent parce que la physique est différente. À froid, la fixation est généralement plus faible et les empreintes moins durables, mais les pigments sensibles à la chaleur comme les anthocyanes (les bleus et violets des pétales) sont préservés. C’est pour ça que le tatakizome peut donner des bleus qu’il est difficile d’obtenir en écoprint. L’écoprint, lui, favorise les pigments stables (flavonoïdes, tannins) qui résistent mieux à la chaleur et durent plus longtemps.

Les deux techniques se complètent. L’article Impression végétale : le tatakizome pas à pas détaille le geste.

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