Sécher des fleurs pour la teinture naturelle

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Coreopsis, cosmos et œillet d’Inde sont les trois fleurs vedettes de nos impressions végétales chez Tribu Indigo. Elles ne fleurissent que quelques mois, de juin à l’automne. Le reste de l’année, sans rien en réserve, impossible de faire un bain ou un écoprint. C’est tout l’intérêt d’apprendre à sécher des fleurs pour la teinture naturelle. Une récolte d’un seul été peut nourrir des teintures pendant des mois, à condition de s’y prendre correctement. Ce que nous décrivons ici avec ces trois-là, nous le faisons depuis le début, autant pour les bains que pour les kits et les écoprints qui sont produits toute l’année. Le protocole n’a rien d’exclusif, il vaut tout aussi bien pour d’autres fleurs tinctoriales du jardin.

Quand récolter : un choix qui engage la couleur

Le bon moment pour cueillir, c’est le petit matin ou la fin de journée, quand le soleil ne tape plus. En plein midi, la chaleur travaille déjà la fleur avant même qu’on y touche.

Il y a ensuite un vrai choix à faire, et il n’a rien d’anecdotique. Cueillir en bouton ou à peine ouvert, ou attendre la pleine floraison. Les fleurs récoltées avant la pleine floraison donnent souvent des teintes plus solides dans le temps, tandis que les fleurs pleinement ouvertes offrent généralement des couleurs plus vives, plus orangées, mais parfois plus fragiles. Ce n’est pas un détail technique réservé aux puristes, c’est la différence entre une teinture qui reste franche des années ou qui se patine avec le temps. Aucune des deux options n’est la bonne réponse dans l’absolu, ça dépend de ce que vous voulez obtenir.

Pourquoi à l’ombre, jamais au soleil

On lit souvent qu’il faut faire sécher ses fleurs au soleil, pour aller plus vite. Pour la teinture, c’est une mauvaise idée. Les UV dégradent les pigments avant même qu’ils aient servi, en particulier les flavonoïdes qui donnent les jaunes et les oranges de ces trois plantes. Un séchage rapide au soleil peut sembler pratique, il coûte en réalité une partie du potentiel colorant de la fleur.

Chez nous, tout sèche à l’ombre sur un séchoir, dans un endroit ventilé. C’est plus lent, mais c’est ce qui préserve la couleur qu’on ira chercher ensuite dans le bain ou sur le tissu.

Comment sécher des fleurs pour la teinture naturelle, concrètement

Récoltez par temps sec, jamais juste après la pluie ou la rosée. Une fleur humide moisit avant même d’avoir séché. Écartez les fleurs abîmées ou déjà fanées, elles n’apporteront rien de plus au bain et risquent de contaminer les autres.

Étalez ensuite en couche unique, sans que les fleurs se touchent ou se chevauchent, sur une grille ou un tissu qui laisse circuler l’air des deux côtés. L’endroit doit rester sec et ventilé, à l’ombre comme vu plus haut.

Un seul signe ne trompe pas, quelle que soit la méthode. Une fleur prête casse net entre les doigts, elle ne plie pas. Tant qu’elle reste souple, elle contient encore de l’humidité et moisira au stockage. Comptez une petite semaine si le temps est sec, plus s’il a plu entre-temps.

Deux méthodes, selon ce que vous allez en faire

Le séchage destiné à un bain n’obéit pas aux mêmes contraintes que celui destiné à un écoprint. Dans un cas, seule la couleur compte. Dans l’autre, il faut aussi préserver la forme de la fleur.

Pour un bain, la forme finale n’a aucune importance, seule la matière colorante compte. On fait sécher les fleurs entières, posées sur une grille bien ventilée, à l’ombre.

Pour un écoprint, en revanche, la forme peut compter énormément. La technique repose sur un contact net entre la plante et le tissu. Une fleur qui se recroqueville en séchant ne fera plus qu’une empreinte floue. La solution consiste à faire sécher les fleurs à plat, serrées entre deux planches maintenues par des étaux. Ça recrée artificiellement la platitude d’une fleur fraîche, celle qui donne les empreintes les plus nettes. Chez nous, c’est la méthode que nous utilisons pour préparer les fleurs des kits d’initiation à la teinture naturelle. Coreopsis, cosmos et œillet d’Inde se récoltent et se sèchent exactement de la même façon, aucune des trois ne demande de traitement particulier.

Une fleur séchée entière peut toujours servir à un écoprint, mais l’impression florale sera bien moins nette qu’à plat ou qu’avec une fleur fraîche.

Faut-il réhydrater les fleurs séchées avant un bain ?

Pour un bain, une fleur séchée ne se jette pas directement dans l’eau chaude. Réduisez-la d’abord grossièrement, puis laissez-la tremper environ une heure dans de l’eau tiède avant de préparer le bain. Ce n’est pas une formalité. Le trempage libère les molécules colorantes qui restent autrement liées à un sucre à l’intérieur de la plante. Une fleur séchée bien réhydratée ne donne pas juste « à peu près » la même couleur qu’une fraîche, elle donne une nuance à part, parfois plus riche.

Pour un écoprint, ce trempage n’a pas lieu d’être. La fleur séchée se pose directement sur le tissu, telle quelle. C’est la vapeur, pendant la cuisson du rouleau, qui se charge de la réhydrater et de transférer le pigment.

Conserver sans perdre la couleur

Une fois sèches, les fleurs se gardent dans un bocal en verre ou un sac en papier kraft, dans un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière. La lumière continue de dégrader le pigment même après le séchage, tout comme l’humidité et les insectes.

Contrairement à l’indigo, qui se conserve indéfiniment une fois transformé, les fleurs à flavonoïdes comme le coreopsis, le cosmos ou l’œillet d’Inde perdent du pouvoir colorant au fil des mois. Bien sécher des fleurs pour la teinture naturelle, c’est aussi accepter cette limite. Une récolte d’été garde son intérêt sur l’année qui suit, dès fois pas plus.

Dernier détail, presque un bonus pour qui a de la place au congélateur. La congélation ressort de nos recherches comme la meilleure méthode de conservation globale, parce qu’elle maintient le pigment sous sa forme liée au sucre, plus stable que celle qu’on obtient après séchage. Ce n’est pas la méthode qu’on utilise chez nous, mais si un tiroir de congélateur traîne libre, glisser quelques fleurs fraîches dedans reste une option qui existe.

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